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  1. Une plaque de médecin sur la façade d’une maison bourgeoise. À première vue, sa spécialité ressemble à une discipline existante, mais appartient à un tout autre domaine que la médecine, par exemple "spéléologue", ou "dendrochronologue".
  2. Près d’une zone constructible ou d’un terrain vague, un panneau promet la construction prochaine par la CAHC d’un bâtiment. Malgré le luxe de détails et les visuels, impossible de déterminer avec précision quelle sera la fonction de cet équipement.
  3. Une grande fresque à la bombe affiche le message "FIERS D’ÊTRE". On ne saurait dire si la phrase est terminée ou non.
  4. Un groupe a pour mission dans un temps et un espace donné de recenser tous les signes : enseignes, panneaux, pictogrammes, graffiti, marques, autocollants, affiches, etc.
  5. Un goûter d’anniversaire. Tous les convives débordent d’une joie hystérique. Le fêté arbore un air dépité. Sur le gâteau, on peut lire "Nique ta mère" ou "Va te faire foutre", ou "Sale bâtard", etc.
  6. L’enseigne lumineuse défilante d’une pharmacie est utilisée comme canal pour transmettre divers messages : "Kenzo aime Clara", "Jean-Pierre je crois que j’ai laissé la clé sur le contact peux-tu aller vérifier", "la personne qui laisse ses crottes de chien à la hauteur du 62 rue Guynemer est priée de les ramasser"…
  7. À l’aide d’un code simple basé sur des signaux visuels (fumée, lumière) ou sonores (tambour, cloche) deux groupes échangent des messages entre deux terrils proches. Outre un intérêt performatif, il s’agit de créer les conditions d’un malentendu, le message à transmettre pouvant différer assez largement du message reçu.
  8. Des formules de politesse sont ajoutées aux injonctions présentes sur les panneaux, affaiblissant ou ridiculisant le message : « Interdiction de stationner s’il vous plaît. » « Nous vous saurions gré de bien vouloir être assez aimable pour éviter que votre animal favori ne risque de souiller le sol de notre boulangerie. Mille mercis. »
  9. Dans la photo d’un espace public, supprimer tous les signes à l’aide d’un logiciel de retouche photo.
  10. À la manière d’une méthode d’apprentissage linguistique, des images défilent sur un écran, tandis qu’une voix donne le nom correspondant. Mais petit-à-petit, on s’aperçoit que les noms associés désignent des objets différents, par exemple une image de parasol sur les mots « étoile filante ». Le rythme s’accélère et devient presque stroboscopique, les noms cités à la fin sont strictement monosyllabiques.
  11. Un participant coiffé d’un casque audio répond à des questions simples. Mais ce sont d’autres questions qui sont diffusées au public. Le décalage entre les questions et les réponses provoque un effet comique ou poétique.
  12. Des textes lacunaires, piochés ou non dans l’histoire littéraire. Il s’agit de combler les trous, en s’inspirant des poèmes bouturés de Lucien Suel.
  13. Une série d’expressions sont prises au pied de la lettre, dans une tentative de se mettre à la place de certains autistes Asperger qui échouent à saisir le second degré. Par exemple « avoir le cœur sur la main », « prendre langue avec quelqu’un », « avoir plusieurs casquettes »…
  14. Deux groupes à portée de vue doivent se transmettre des messages (poèmes à forme fixe et connue d’avance) au moyen de seuls gestes (principe du Chappeku). On compare le message final à l’original.
  15. Le Kulning est un ancien chant scandinave utilisé pour diriger le bétail. Peut-il fonctionner sur le bétail du Pas-de-Calais ? À réaliser avec la classe de chant d’une école de musique, par exemple. (Mmouais y a pas l’air d’y avoir des masses de bétail sur le territoire de la CAHC, ndlr)
  16. Un appareil-photo capte l’image d’une personne qui prononce des mots au micro. La pause est aussi longue que le temps de prononciation, et l’appareil repose sur le haut-parleur. Dans les vibrations de l’image, le portrait garde ainsi la trace du message sonore prononcé par le sujet photographié. La photo et le message sont affichés côte à côte.
  17. Des sujets sont filmés en train de tenir des propos qui seraient sans doute passionnants si les aliments qui emplissent leur bouche ne rendaient leur discours incompréhensible.
  18. Une équipe de reporters part à la recherche de gens qui ont l’habitude de parler à des animaux (centre équestre ? toilettage pour chien ?). On cherche à compiler un maximum de sons, paroles ou onomatopées, qui sont diffusées en boucle. Les sons peuvent être associés aux images des animaux, soit dans l’ordre, soit dans le désordre : hein mon kiki, viens ma poulette, c’est pour qui ?, hue !, ayéé…
  19. Une fanfare ou une classe de musique harmonise l’enregistrement du chant d’un résident handicapé de la MAS L’Aquarelle à Oignies.
  20. Un groupe de personnes manifeste en scandant des slogans écrits sans consonnes labio-dentales (vers turcs). Ainsi, le mouvement des lèvres est imperceptible, ce qui donne un air surnaturel à la manifestation.
  21. Un groupe traduit une chanson étrangère sans en connaître la langue, à partir d’une écoute attentive. La mélodie est conservée.
  22. Un groupe A écrit une chanson dont il ne transmet que des bribes à un groupe B, qui doit reconstituer (interpoler) la chanson comme il peut.
  23. D’une interview radio (par exemple celle de Philippe Faucon le 28 septembre 2018 à 8h30 sur France Culture), ne conserver que les passages non signifiants : bégaiements, toux, raclements de gorge, etc.
  24. Un texte est lu avec un ton inapproprié. Par exemple une berceuse est beuglée comme les ordres d’un sous-lieutenant.
  25. Création de nouveaux codes vestimentaires. À l’instar du bas de survêtement relevé ou de la casquette à l’envers, inventons de nouveaux symboles.
  26. Le logiciel Dasher a été conçu pour des personnes lourdement handicapées. Il permet de s’exprimer à l’aide d’un joystick, voire du mouvement des yeux. Il dispose surtout d’un système d’auto-complétion très propice à l’écriture poétique.
  27. La wave de l’outranspo est une forme poétique constituée d’un texte traduit d’une langue à une autre suivant une chaîne infinie. À la façon du cadavre exquis, chaque groupe ne connaît que ce que le précédent lui a donné.
  28. Des panneaux ou d’autres messages visibles dans l’espace public sont réécrits suivant la méthode LSD, rendant les messages d’origine paradoxalement incompréhensibles.
  29. À la surprise des élèves, les hauts-parleurs d’un établissement scolaires diffusent des messages sortant de l’ordinaire.
  30. Il est proposé aux élèves de réaliser une version chantée de documents habituellement froids et administratifs : règlement intérieur de l’établissement scolaire, bulletin de retard, certificat médical, lettre de motivation pour trouver un stage ou un emploi, etc.
  31. Une manifestation dont les banderoles portent un message à double-sens suivant qu’elles sont dépliées ou repliées.
  32. Une source sonore diffuse de la voix parlée. Un capteur détecte la présence du public : plus on s’approche, plus la voix chuchote, et plus le son est faible. Si on est vraiment tout proche, l’installation est totalement muette. Le public éprouve une grande frustration.
  33. À l’instar du couscous à emporter en caractères gothiques visible entre Dourges et Hénin-Beaumont, travailler sur un décalage entre le message et la typographie. Par exemple danger de mort en lettres anglaises, une enseigne de pompes funèbres en Comic Sans MS, ou un message d’amour en Impact.
  34. Création de nouveaux emoji pour rendre des émotions complexes, à la manière de certaines Notes de chevet de Sei Shonagon.
  35. Réinterprétation et détournement de certains signes conventionnels, à la façon du "goudron frais" de la Rubrique à brac ou du logo sur les bouteilles de vin : « attention : boire de l’alcool donne un gros ventre aux femmes qui ont une queue de cheval ». Cf. aussi "employees must applaud the planets".
  36. À la façon du konnakol indien et du bibinaire de Boby Lapointe, créer une machine qui coderait le langage en rythmes. Un motif rythmique pourrait coder un phonème ou une lettre. Le texte serait entré au clavier, et le résultat serait une partition ou un fichier son.
  37. Comme Jacques Jouet, créer de la poésie à l’aide du lexique grand singe de Francis Lacassin d’après E.R. Burroughs.
  38. Un message gênant ou non assumé est dissimulé dans un orchestre de syllabes désordonnées (une syllabe par personne). La phrase complète, dans l’ordre, n’apparaît qu’à la toute fin.
  39. Une pochette à trous permet de glisser différents textes. Impossible de décoder le texte sans la pochette, qui laisse apparaître le message caché au cœur du texte.
  40. Plusieurs versions d’un roman-photo dont les images sont les mêmes mais dont les textes sont des emprunts à différentes œuvres littéraires (Proust, Marc Lévy, Hergé, Molière, Desnos, etc.). Cette idée de centon peut également donner lieu à des courts-métrages.
  41. D’un échange verbal, ne conserver qu’un mot par phrase, et obtenir une sorte de trace énigmatique, un peu comme le carnet de Philippe Lançon à la Salpêtrière.
  42. Adapter une mélodie dans une gamme pentatonique. Possibilité d’un algorithme qui s’en charge (il y a des choix à faire, par ex. dans le mode de do majeur vers do pentatonique, seules les notes do#, ré# et sol# sont ambiguës).
  43. Adapter les quipu incas aux traditions locales (tricot, dentelle, jacquard…)
  44. Des messages difficiles à dire sont annoncés par le truchement d’un bon repas constitué d’un plat fumant dont la buée fait apparaître le message sur une vitre ou un miroir : "j’ai raté mon bac", "je te quitte", "tu me plais", etc.
  45. Des nouvelles désagréables sont annoncées avec une harmonie municipale qui joue des airs adaptés (très tristes). L’orchestre joue très fort, tout près des protagonistes, et participe au malaise. Gros plans sur les musiciens, imperturbables.
  46. Écrire une chanson utilisant un maximum de mots issus de la liste des monosyllabes appris le plus tardivement.
  47. À l’inverse, réécrire des œuvres littéraires uniquement avec les mots censés être connus par des enfants de trois ans.
  48. Créer des poèmes sonores en faisant traduire des textes aléatoires par le traducteur vocal de Google. Les retranscrire et les apprendre par cœur.
  49. Des humains effectuent une danse similaire à celles que les abeilles utilisent pour s’informer de l’existence d’une source de nourriture ou d’un lieu propice à l’essaimage (en l’espèce, la cantine ou l’arrêt de bus).
  50. Une conversation entière se déroule uniquement avec des signes figurant dans le Supplément au dictionnaire italien de Bruno Munari.
  51. Des déclarations sont faites, dont le contenu est en contradiction totale avec la gestuelle et l’attitude. Comme un oxymore entre le langage parlé et le langage corporel. Par exemple un discours vindicatif et guerrier prononcé par une jeune fille fluette renfermée sur elle même et se tortillant les doigts ou les mèches de cheveux. Ou à l’inverse, une déclaration embarrassée, précautionneuse, où le locuteur s’auto-dénigre, tout en adoptant des postures de foudre de guerre.
  52. Une chorégraphie reprenant uniquement, mais sans le dire, les célèbres poses d’Adolf Hitler par Heinrich Hoffmann.
  53. À la façon des espions, réaliser un cahier à double entrée où des messages lourds de sens sont codés par des phrases anodines. Par exemple, « Tiens j’ai croisé ton frère » peut figurer en regard de « je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre ».
  54. Monter sur un terril ou autre éminence. Prendre une photographie panoramique. La faire pivoter de 90° et se servir du profil ainsi obtenu comme d’une règle sur laquelle aligner les vers d’un poème.
  55. Un haut-parleur est fixé à l’extrémité d’un bras horizontal rotatif, qui balaie une pièce. le haut parleur diffuse des insultes en continu. On ne les entend que lorsqu’il vous frôle.
  56. Créer une police de caractères basée sur le tracé des routes et échangeurs locaux, et/ou sur les formes des éléments de l’architecture minière : chevalements, machines, constructions en béton, implantations d’habitats, etc.
  57. À l’aide d’un plan et d’un papier calque, créer une mélodie qui envisage les terrils du bassin minier comme les notes sur une partition. L’échelle et l’orientation de la portée sont arbitraires.
  58. Carte topographique parlante. D’une carte topographique (murale ? sur table ? numérique ?) émanent des enregistrements de voix d’habitants. Plus on est éloigné de la carte, plus les sons sont mêlés. Si l’on se rapproche, on peut entendre les enregistrements individuels. On peut s’amuser à se déplacer latéralement en restant proche de la carte, ce qui produit un effet de scan analogue à celui des anciens tuners de radio.
  59. Carte-mémoire : sur un fond de carte vierge, remplacer l’ensemble des mots par des citations d’habitants se rapportant au lieu en question. Par exemple premier baiser ou voiture volée.
  60. Sur le modèle du kecak indonésien, deux groupes construisent une phrase « en peigne ». Le sens complet de la phrase ne peut émerger qu’avec la stéréo. L’installation peut consister en deux hauts-parleurs éloignés. L’auditeur doit se placer à équidistance pour obtenir la phrase entière.
  61. À la façon des messages publicitaires radiodiffusés, enregistrer des annonces pour des produits imaginaires, suivies de conditions générales de vente manifestement abusives, mais diffusées à une telle vitesse que la compréhension en est impossible, sur le mode « offre soumise à condition et réservée aux détenteurs d’un compte-épargne approvisionné à hauteur du quotient relatif d’un souscripteur moyen sur les 24 derniers mois sans possibilité de résiliation. Pour toute information, visiter le site www.adresse-impossible-a-retenir.com »
  62. Photographier des inscriptions à demi effacées (graffiti, indications techniques, affiches déchirées…) et les compléter de façon poétique. La reconstitution est exposée en regard de la photographie d’origine.
  63. Prenant le contre-pied du « journal en français facile » de RFI, élaborer un « journal en français difficile ». Par exemple palindrome phonétique, S+7 inversé, un mot pour un autre, etc.
  64. Aller à l’encontre des préceptes de base du journalisme, pour raconter un fait en commençant par les détails les plus insignifiants, l’auditeur devant attendre la dernière phrase pour comprendre ce qu’il s’est effectivement passé.
  65. Prononcer un discours ou chanter une chanson essentiellement constituée de non-mots
  66. Construire un récit en tirant au sort un certain nombre d’éléments dans cette liste de catégories liées à une série d’images utilisées en psycholinguistique.
  67. Transcrire et interpréter la musique des accents de France.
  68. Un message est séparé en deux plans transparents A et B, et ne peut être lu que d’un endroit bien précis. Aucune des lettres n’est complète. Par exemple la barre transversale du T peut appartenir au plan A tandis que la hampe se trouve sur le plan B. Le dispositif tient de l’anamorphose, et peut rappeler les parchemins du Secret de la Licorne.
  69. À la manière d’April Soetarman, réaliser des panneaux autocollants chargés de messages personnels qui seront laissés dans l’espace public.
  70. Inventer et mettre en jeu une parade nuptiale reprenant et modifiant des éléments de l’éthologie animale.
  71. Écrire et mettre en jeu un dialogue qui exacerbe les caractères féminin et masculin de la langue (d’après Luce Irigaray), afin d’obtenir deux langues aussi différentes que possible.
  72. écrire en langage bébé, selon les principes de simplification des gestes moteurs (cf. La plus belle histoire du langage, p. 164) : répétition des syllabes, omission des consonnes finales (papo pour chapeau, tato pour gâteau, caca pour canard), réduction des groupes de consonnes (tin pour train, bawo pour bravo), diminution du nombre de syllabes (éfan pour éléphant)
  73. Fabriquer des néologismes en s’inspirant d’exemples islandais (téléphone > fil qui parle) ou latins (caméra > œil qui se souvient).
  74. Transposer les codes des peintures de guerre au collège. Un élève qui a déjà été collé pourrait arborer un signe particulier, de même que celui qui a eu un 20 en maths.