]

Accueil > Difficile à dire > Pistes pour une 27e heure artistique

I. contraintes s’appliquant au locuteur

1. mutisme permanent ou temporaire
a. le château des destins croisés de Calvino ; les pictogrammes
b. la LSF ; le Supplément au dictionnaire italien de Bruno Munari
c. l’élocution des ivrognes
d. occultation : censure, filtre, bâillon, ruban adhésif, brosse à dents, parler la bouche pleine (y compris de façon volontaire, cf. Démosthène et ses cailloux dans la bouche devant la mer déchaînée)
e. « Un bon dessin vaut mieux qu’on long discours »
f. le babil des enfants

2. les pathologies (voir chez O. Sacks ?)
a. le bégaiement
b. la dyslexie
c. Gilles de la Tourette
d. le zézaiement
e. aphasie de Wernicke

3. Contraintes environnementales
a. les insectes et les vers turcs (lipophone)
b. le bruit ambiant
c. la distance : le cas des langages sifflés (Silbo Gomero…)
d. l’occultation graphique : fumée, brume, verre dépoli, papier calque, déchirure…
e. la polysémie par l’occultation d’une partie du message / cf slogans dépliables

4. circonstances imprévisibles et problèmes techniques
a. la panne de micro
b. absence de cible : le cas de la bouteille à la mer ou des sondes Pioneer & Voyager

5. pauvreté du vocabulaire
a. le langage schtroumpf, les lapins-crétins, les mots vagues et flous (truc bidule machin chose)
b. le Chant d’amour grand-singe de Jacques Jouet à partir des travaux de Lacassin
c. autres lexiques limités

II. quand la nature du message rend la communication hasardeuse

1. les mots rares ou compliqués. Aspects tératologiques.
2. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément
3. codes, messages secrets, stéganographie visuelle ou auditive

a. quand il est interdit de s’exprimer : le tabou (« ce dont on ne peut parler, il faut le taire »…) - le coup des slogans dépliables / acrostiches, etc.
b. quand le message ne s’adresse pas à tous
c. quand la distance l’impose (cf. Thésée et les voiles noires ou blanches, les sémaphores, code Morse)

d. Le cas des prières
4. quand on n’ose pas dire
a. la déclaration d’amour
b. la mauvaise nouvelle / Je ne sais pas par où commencer
c. l’euphémisme : dorer la pilule, noyer le poisson, tourner autour du pot, langage diplomatique / parler pour ne rien dire / langue de bois

5. polysémie et ambiguïté
a. Les rêves (de la Bible à Freud)
b. Les oracles, augures, entrailles, marc de café, boule de cristal etc.

6. quand on se trompe de message ou de cible

III. quand la forme brouille le message - rapport signal/bruit

1. ne pas s’éparpiller : la digression
2. trop d’info tue l’info : la redondance et le parasitage

a. surlignement, pléonasme et redondance
b. simultanéité des sources, mutation des cerveaux
c. discours contradictoires (gestuelle, musique extradiégétique, images parasites)
d. discours à grande vitesse (cf. les CGV dans les spots de pubs à la radio)

3. allophonie : nous ne parlons pas le même langage
a. langues étrangères
b. argot et jargon
c. les accents

4. la volonté obfuscatoire : la langue de bois : voir II, 5.
5. les dangers de la métaphore
6. les dangers de l’ellipse
7. les coquilles
8. L’écriture des médecins : hiéroglyphes et pattes de mouche


À classer / pistes de recherche

  • Jan Svankmajer, Les possibilités du dialogue
  • Jacques Rebotier, 12 essais d’insolitude
  • Interprétation des rêves
  • paranoïa et interprétation délirante
  • les Conseils à un jeune auteur d’Éric Angelini
  • les néologismes : quand les mots nous manquent
  • Washoe, Kanzi et les logogrammes
  • les langages tambourinés d’Afrique ou d’Amérique du Sud.
  • glossolalie
  • la novlangue orwellienne
  • Diagrammatique du langage
  • la créolisation
  • Luce Irigaray et le parler féminin
  • Les insultes du Capitaine Haddock
  • Le gesture-to-speech (exemple du glove talk)
  • l’okapi phonétique, cf. le japonais qui ne permet pas de succession de consonnes.
  • certaines lésions cérébrales font perdre l’usage des verbes, ou des noms d’animaux, ou des nombres, etc.

Politically correct ≠ euphémismes inappropriés
Il y a des euphémismes qui font beaucoup plus de mal que de bien. Ainsi les termes "malvoyant", "malentendant", traînent-ils derrière eux un douteux sillage, comme un sillage… malodorant. Ils évoquent moins l’aveugle et le sourd en leur hautaine et fière infirmité que l’incongruité du malotru. (Joël Gayraud, La paupière auriculaire)

Langage des animaux
En observant les animaux domestiques, j’ai toujours été frappé que ceux dont l’intelligence se rapprochait le plus de la nôtre étaient aussi les plus mélancoliques. C’est évidemment chez les chiens, et parmi eux dans certaines races, comme les labradors qui servent à guider les aveugles, que cette tendance apparaît le plus clairement. Or l’on voit cette mélancolie s’accentuer lorsqu’ils assistent à une conversation entre leurs maîtres. Ils ont d’autant plus le désir de s’y mêler qu’ils reconnaissent certains termes dont ils comprennent le sens, et l’on sait qu’un chien peut apprendre jusqu’à un millier de mots d’une de nos langues. Ils jappent, ils gémissent, ils essaient de prononcer les mots qu’ils ont entendus. En général, on leur dit, sur le ton de l’agacement, de se taire, ou on leur ordonne de se coucher. Alors, ils obéissent, soumis mais tristes.
Mais parfois aussi on se met à leur parler. Alors ils tentent de toutes leurs forces de nous répondre, sans y jamais parvenir, ce qui les rend encore plus malheureux. Ils ont visiblement conscience de leur incapacité linguistique, et donc de leur infériorité sur ce point. Le langage articulé leur apparaît comme une puissance supérieure, forcément agressive et oppressive puisqu’ils obéissent aux ordres. C’est comme si, pour eux, les mots que nous prononçons étaient des sortes de griffes ou de crocs immatériels.
(Joël Gayraud, La paupière auriculaire)
Voir aussi §138

Les mots qui n’existent que dans une seule langue
Cf. cette page

Le langage des mouches (taffetas noir)
Selon sa position sur le visage : la receleuse, la majestueuse, la gaillarde, la passionnée, la discrète, la galante, la baiseuse, la coquette et l’enjouée. Cf. Joël Gayraud, La paupière auriculaire, § 82. Voir aussi §139